(RE)PASSER SON PERMIS DE CONDUIRE À NEW YORK | l’examen de conduite (aka la blague)

Sunday 10 December 2017


Après la bonne tranche de rigolade du permis théorique, et après bientôt 3 ans dans ce pays, je pensais avoir tout vu. Et bien je me trompais. La dernière fois, je vous avais laissé juste après ma pre-licensing class, ce cours indispensable durant lequel on m’aura appris que texter au volant, c’est mal, et que décidément, mes dents ne seront jamais aussi blanches que celles d’un américain d’à peine 17 ans.

Mais ce n’était rien à côté de ce qui m’attendait encore…. L’examen pratique du permis de conduire….

Les réjouissances ont débuté par une heure de cours juste avant l’examen, histoire de nous mettre dans le bain. Luis, le prof d’auto-école, nous y explique les trucs et astuces pour passer avec succès l’examen du permis de conduire:

  • En tournant, faut toujours garder 3 feet entre toi et la voiture parquée en bord de trottoir. Pas 2 feet, pas 4 feet, mais 3. Je passe sur le fait que 3 feet pour un européen, ça ne veut pas dire grand-chose, mais j’insiste sur le fait qu’il faut garder cette distance entre son véhicule et les véhicules stationnés, même s’il n’en a aucun… Car tous les bords de trottoirs sont potentiellement des places de parc…. Mais pas toujours. Comment en être sur ? Mystère…
  • Apprendre à tourner dans une rue selon sa largeur, car on ne s’engage pas dans une rue étroite comme dans une rue large. En gardant en tête que ce n’est pas parce qu’aucun véhicule n’est parqué que l’espace vide n’y est pas pour autant destiné. (Vous suivez?)
  • Il faut toujours laisser une distance de voiture avec le véhicule de devant. Même à l’arrêt. Même à un feu.
  • Certains stops sont doubles. Il faut donc s’arrêter complètement au premier (premier qui, soit dit en passant, n’offre en général aucune visibilité) puis avancer lentement jusqu’au deuxième, s’arrêter encore puis, le plus souvent, finir par avancer au pas pour – enfin – y voir quelque chose (parce que, blague ultime – le deuxième stop était aussi trop en retrait pour y voir quoi que ce soit!)
  • Le parcage latéral, mais alors toujours du même côté, et sans trop d’explications (pas de bol si ce n’est pas votre « bon côté »), dans des places dont la taille oscille entre « on pourrait y mettre un pick-up et sa remorque » à « mec, même une smart y rentrerait pas ». (Et ça, à l’examen, ça va dépendre un peu du bon vouloir de l’examinateur, et un peu de la chance.)
  • A quel moment il est judicieux de klaxonner les autres conducteurs. (note: souvent, en fait – de là à en déduire que c’est parce que  les gens dans ce pays conduisent comme des sagouins, il n’y a qu’un pas.)
  • Comment tourner à gauche dans une rue à deux voies depuis une rue à une voie, comment tourner à droite depuis une rue à une voie dans une rue à deux voies, comment tourner… Enfin, vous avez saisi quoi.

Voilà, voilà.

Ceci étant dit, bon an mal an, on devrait y arriver.  Une heure et demi avant l’heure du rendez-vous, Luis reprend donc le volant pour nous amener à notre test de conduite. Parce qu’aux Etats Unis, il est interdit à l’élève conducteur de se conduire lui-même à l’examen, même s’il est accompagné de son moniteur d’auto-école (!) Et c’est à ce moment précis qu’a débuté ce qui, à ce jour, me parait encore être l’une des plus grosses blagues depuis mon arrivée dans ce pays : l’examen pratique de conduite aux Etats-Unis.

Il est donc 13h30 – nos deux rendez-vous sont à 15h – quand on arrive au DMV (department of motors vehicles – le service des autos). Je m’attends à un bureau, un immeuble, un parking, mais pas du tout, on reste dans la voiture, au milieu de rien, et derrière une file d’environ 15 véhicules, toutes déjà stationnés devant nous. Luis m’explique que ce sont les candidats de 14h00, qui attendent leur tour. Vers 13h40, la préposée au contrôle des identités arrive, prends nos permis, trace notre nom sur sa feuille, et s’en va, avec les 5 examinateurs en ayant terminé avec les 13ho0. Ils passeront les 20 minutes suivantes à ne rien faire, appuyés contre un immeuble, à discuter… « Avant l’heure c’est pas l’heure » m’explique Luis. « Et prendre un peu d’avance? » je dis. Il rit.

Et ce petit manège recommence avec les 14h. Nous sommes maintenant en début de file et, vers 14h35, tout le monde a terminé. Les examinateurs retrouvent donc leur mur pour 35 minutes de « pause », jusqu’à 15h… Et à 15h et des poussières, les 5 experts s’engouffrent chacun dans une voiture, et c’est parti pour le road test.

Le mien n’est pas très causant et mes tentatives de discussion pour briser la glace semblent le laisser de marbre. Je roule environ 500 mètres, on tourne à gauche. Un stop, deux stops, je me parque dans une place qui aurait pu accueillir 3 Twingo et un chameau. (Dedans du premier coup. Je respire.) Demi-tour à trois points (une autre spécialité made in USA), passage piéton, feu, tourner à droite et… c’est terminé. J’ai roulé 8 minutes, c’est bon, j’ai mon permis. Je passe le volant au Cher-et-Tendre et il revient 8 minutes après également, doté du précieux sésame. Et c’est tout.

Sur le chemin du retour, mi- abasourdis, mi- soulagés, on philosophe sur la capacité à juger l’aptitude à conduire après un test si court. Pas de marche arrière, pas d’autoroute, aucune manœuvre… Je me demande encore vraiment comment ils peuvent donner le permis de conduire un véhicule – avec tout ce que ça implique- en moins de 10 minutes… Mais le meilleur arrive le soir même, sous la forme d’un email de notre auto-école :

« Félicitation, vous avez réussi votre permis de conduire. Sentez-vous en confiance dans les situations suivantes? Autoroutes, parcage latéral du côté gauche, parcage standard, faire le plein, suivre les panneaux routiers.
Si ce n’est pas le cas, nous vous recommandons de prendre quelques cours avancés. Rappelez-vous, vous n’apprenez à conduire qu’une seule fois dans votre vie et nous voulons être sûrs que vous êtes suffisamment en sécurité, intelligent et que vous avez les compétences nécessaires ».

Pardonnez-moi, j’ai cru que l’examen servait à ca!

Sans voix, je suis.

 

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1 commentaire

OMG, les américains sont décidément fascinants ! Tu es une intrépide anthropologue Amy; on dirait du Bill Bryson en VF. Mais alors, te sens-tu en confiance pour faire le plein ? Attention, Zoolander nous a quand même montré à quel point ce peut être risqué.

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